C’est un fait peu connu ou tout au moins un fait peu relaté dans l’information médiatique mainstream : un créateur dont vous malmener la création est un créateur que vous soumettez à un traumatisme qui lui-même engendra une situation de stress post traumatique.

Je n’en suis conscient que depuis peu de temps, c’est à dire, depuis quelques mois. Je suis parvenu à mettre des mots sur l’expérience désagréable qui suivait chacune des fois où mes créations ces 10 dernières années ont été détournées / pillés / plagiées un peu par hasard en effectuant des recherches sur le web. Pendant longtemps j’ai vécu cette ré-appropriation de mes créations effectuées sans mon consentement comme une douleur sourde, une blessure, que je dissimulais autant que possible avec pourtant des conséquences très réelles au quotidien pour moi.

La prise de conscience a eu lieu pour moi cette année. En février 2019 je donne ma conférence sur la pollution plastique et je découvre quelques temps plus tard qu’un acteur orléanais a repris à son compte une partie du contenu que je défendais dans celle-ci. Je parle d’un contenu personnel qui avait été le fruit de ma réflexion et qui livrait d’une manière originale une voie de sortie pour faire face à la pollution plastique. Je vais lui en faire part immédiatement de mon mécontentement par voie numérique mais celui-ci va totalement m’ignorer ajoutant à mon désarroi.

Pendant les semaines qui ont suivi j’ai connu une période très désagréable. J’avais perdu mes moyens. Mon cerveau était constamment occupé à ressasser les événements. Il y avait eu traumatisme et j’étais en situation de stress intense mais je ne m’en suis aperçu qu’avec le temps en effectuant des recherches pour tenter de comprendre ce que je traversais.

Il faut savoir que la création et d’autant plus que celle-ci est le fruit d’une démarche intime et originale oblige à un travail long de réflexion, de recherche et de construction. Créer c’est littéralement partager une partie de soi-même et lorsqu’une personne mal intentionnée se l’accapare d’une manière ou d’une autre, vous la lui arracher avec des conséquences très difficiles pour l’auteur de la création.

 

Bonjour M. Bompard,

Comment en êtes-vous arrivé alors que je vous tendais la main en tant que client de votre enseigne à me traiter en retour comme le pire de vos concurrents ? Non seulement vous avez ignoré mes invitations mais dans le même laps de temps que je vous les adresse, votre équipe développe un micro site web intitulé « Mission Zéro Plastique » qui vient faire barrage à mes invitations et à la création associée « Plastique mon amour! ».

Quelle est la grandeur de votre enseigne au juste ? Est-ce qu’elle consiste à écraser de tout son poids les clients créateurs dont je fais partie pour en absorber la substance moelle ? Ce ne serait pas plutôt de reconnaitre à ceux-ci un pouvoir d’innocuité et leur permettre de vous le transmettre dans un cadre ad hoc emprunt de confiance et collaboration ? Votre plateforme sur le zéro plastique aurait pu être un tel cadre si elle ne s’était pas construite sur une ruine sciemment orchestrée par vos services, la mienne. Pensez-vous pouvoir construire quelque chose de viable et durable sur des décombres ?

Avez-vous conscience de ce à quoi ressemble mon quotidien depuis la sortie de votre plateforme ? Comment vous et votre équipe avez-vous pu rester imperméable à mon message posté ce jour-là ? Avez-vous conscience que les créateurs de ma trempe sont des individus animés d’une volonté d’apporter de façon altruiste le fruit de leur réflexion et de leur travail ? Si je n’attendais rien en retour de la main que je vous tendais cela ne signifiait pas pour autant qu’il fallait me considérer comme un faible insignifiant qui ne pourrait se défendre. En agissant ainsi vous perpétuer un monde où il est coutumier d’en imposer aux autres autrement dit de faire valoir son pouvoir pour écraser son prochain plutôt que de l’aider à s’élever.

Nous sommes à un tournant de notre histoire en tant que civilisation. De notre capacité à prendre nos responsabilités partout où des crises font peser la menace d’un effondrement systémique dépend notre avenir ainsi que celui des générations futures. Si dès lors qu’un créateur intente quelque chose de neuf pour tenter une voie de sortie par le haut et qu’en retour il ne peut finalement espéré qu’être malmené lui et sa création alors nous construirons à coup sûr un monde où plus personne n’osera prendre d’initiative créative à un moment où leur nécessité se fait sentir de façon impérieuse.

Vous avez présentement le choix de faire de l’internet où vous êtes venu oeuvrer un cran au dessus avec votre plateforme « Mission Zéro Plastique » un enfer ou un paradis de la création ? Qu’allez-vous choisir ? Réhabiliter la source de votre inspiration (ma création) a minima en la citant ou ignorer ce fait une seconde fois après cette lettre ?

Bien cordialement,
Boris Perchat

Pourquoi a-t-on des « éclairs de génie » lorsqu’on s’y attend le moins en se brossant les dents ou en prenant une douche ? Parce que l’intelligence nait du vide, d’un vide fait sur le mental et qui laisse place à un état élargi de conscience. Or nous vivons une sur-abondance des pensées alimentée par un bombardement d’informations permanent, une infobésité comme il est devenu plus costume de l’appeler. Quand je suis dans le bus qui me ramène chez moi après ma journée de travail j’observe que mes contemporains sont très investis à occuper leur esprit de contenus issus de leur smartphone. 90% ont leurs écouteurs vissées dans leurs oreilles. Mais plus nous nous occupons l’esprit plus nous empêchons le vide de se faire. Or nous avons un besoin pressant de nouvelles idées pour faire face aux nombreuses crises qui s’offrent à nous. Il est important de se ménager des moments vides ou rien ne vient alimenter nos pensées, de créer une vacuité.

Ce que je crains c’est que n’ayant pas pu faire transiter notre société de (sur)consommation vers une société de l’intelligence et comme nous y étions destiné, nous aurons demain des produits de consommation courantes qui vont investir notre intelligence, des prêts à penser qui viendront nous dire comment penser telle ou telle situation et s’y orienter. Beaucoup s’y consacreront, les consommeront, parce qu’ils n’auront pas su se ménager des instants de vide.

La capacité à faire le vide est un muscle qui s’entretient et se renforce au quotidien. La méditation et ce que l’on nomme la pleine présence sont des alliés dans cette voie.

Etant donné que très peu sont les utilisateurs des réseaux sociaux à se soucier de la source des photos qu’ils « partagent », à citer votre nom, demain vous serez remplacer par des IA qui génèreront des photos dont on pourra croire qu’elles sont le fruit d’un travail photographique réel ce qui ne sera plus le cas puisqu’elles auront été artificiellement créées par des algorithmes eux-mêmes nourris par un fond photographique absorbé… sur les réseaux sociaux justement, réseaux sociaux où il n’est plus possible pour beaucoup de photos de remonter à la source du photographe créateur et que les concepteurs d’IA assimileront faussement à une manne dans laquelle piocher. Cette négation de valeur que l’on assimile volontiers au travail photographique érigera, en toute impunité, comme nouvelle valeur l’artifice photographique. Nous préparons une IA génératrice de PA : photographie artificielle.